Présence de nanos dans l’alimentation : quel état des lieux ?

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Par l’équipe AVICENN – Dernière modification juin 2022

Présence de nanos dans l’alimentation : quel état des lieux ?

Des nanos sont ajoutées à plus de 900 produits alimentaires : c’est ce qu’a révélé une enquête de l’ANSES en 20201Cf. Nanomatériaux dans les produits destinés à l’alimentation, Avis de l’Anses, mai 2020. Le chiffre s’élève à 4 300 produits lorsque l’on considère les nanomatériaux manufacturés dont la présence n’est pas nécessairement avérée mais en tout cas suspectée.
Même si ces chiffres ont été calculés avant l’interdiction du E171 dans l’alimentation de 2020, ils n’en restent pas moins faramineux. Pourtant, quand on veut creuser davantage, il est très difficile d’identifier précisément les produits alimentaires qui contiennent ces nanos et à quoi elles servent. Zoomons ensemble pour tenter de mieux comprendre…

Des nanos dans nos produits alimentaires ? Le brouillard se dissipe

Des informations peu précises concernant les nanos dans les denrées alimentaires

Il est dans les faits très difficile d’avoir une idée précise des applications des nanotechnologies dans l’agro-alimentaire : peu d’informations sont accessibles sur les types de nanomatériaux à l’étude ou déjà utilisés, ainsi que sur les quantités et les usages correspondants, tout comme sur les entreprises concernées. 

Aux dires mêmes de l’ANSES en 2020, « l’identification exhaustive des produits alimentaires contenant des nanomatériaux s’avère très complexe »2L’Avis et le rapport de l’ANSES de 2020 reposent principalement sur l’analyse des bases de données de l’Oqali et du GNPD, qui ne donnent pas une vision complète du marché. Parmi les obstacles : le manque de sources permettant l’identification de ces produits, les limites de la règlementation européenne et les problèmes de définition du terme « nanomatériaux ».

Faute de données fiables, les applis « Yuka » ou « Quel produit ? » (de Que Choisir) ne peuvent pas proposer d’effectuer une recherche sur la présence ou non de nanos dans les produits.

Des entreprises prudentes… du moins en termes de communication

Les entreprises agroalimentaires font pour le moins preuve de « prudence » – pour ne pas dire opacité – concernant leurs activités ou usages de nanomatériaux et/ou nanotechnologies.

Sans parler ici de l’obligation d’étiquetage [nano] qui n’est pas respectée (cf. ci-dessous), de nombreuses organisations ont tenté d’obtenir des entreprises de l’agro-alimentaire des informations sur la présence de nanomatériaux dans leurs produits, sans succès…  

Quelques exemples… peu exemplaires

Dès 2008 aux Etats-Unis, l’ONG As You Sow avait demandé à McDonald’s et Kraft Foods s’ils utilisaient des nanomatériaux dans leurs produits et emballages alimentaires. Leurs échanges avaient conduit ces deux géants américains de l’alimentaire à créer une page spécifique sur leur site internet respectif3Page « Nanotechnology » du site www.aboutmcdonalds.com : « McDonald’s Corporation is working to understand the use of nanotechnology and its application in food and packaging products. Given the current uncertainty related to potential impacts of nano-engineered materials, McDonald’s does not currently support the use by suppliers of nano-engineered materials in the production of any of our food, packaging and toys » – Contenu mis en ligne en 2008, resté inchangé depuis (à la date de mai 2013),4Page « Nanotechnology » du site www.kraftfoodsgroup.com : Currently we’re not using nanotechnology. But as a leading food company, we need to understand the potential this technology may hold for us in terms of food safety, product quality, nutrition and sustainability. That is why our research and development teams always keep their eyes on the scientific research, as well as consider potential applications where nanotechnology may be used in packaging material. (…) If we ever intend to use nanotechnology, we will make sure that the appropriate environmental, health and safety concerns have been addressed. This includes going through our own stringent quality-control processes, as well as working with our suppliers to make sure the proper assessments have been completed. » – Contenu mis en ligne en 2009, resté inchangé depuis (à la date de mai 2013) où ils assurent ne pas utiliser les nanotechnologies, tout en reconnaissant étudier les possibilités qu’elles peuvent offrir5Kraft Foods a créé dès 1999 un laboratoire de nanotechnologies puis en 2000 un consortium « Nanotek » (impliquant quinze universités et laboratoires de recherche) qu’il a fermé quatre ans plus tard tout en continuant à travailler sur ce sujet et à communiquer avec la FDA aux USA – cf. Nanotech-based synthetic food colorings, frying oil preservatives and packaging coated with antimicrobial agents have quietly entered the market, Informationliberation, 11 octobre 2006.

En 2012, la même ONG As You Sow a envoyé un questionnaire à 2500 entreprises de l’agro-alimentaire sur leur utilisation (ou non) de nanomatériaux : seulement 26 entreprises ont répondu (deux d’entre elles seulement ayant déclaré que leurs produits contenaient des nanomatériaux)6Cf. As You Sow, Slipping Through the Cracks: An Issue Brief on Nanomaterials in Foods, février 2013..

En 2013, lorsqu’AVICENN a réalisé son enquête sur les nanos dans l’alimentation (mise en ligne sous forme de dossier sur le site veillenanos.fr et présentée au comité de dialogue de l’ANSES la même année), ses questions à la filière sont restées sans réponse.

En 2014, Ofi AM a fait une enquête auprès de 60 sociétés du Stoxx 600 pour connaître leur utilisation de nanoparticules ; sur les 30 sociétés interrogées impliquées dans le domaine de l’agroalimentaire, seules 5 (toutes spécialisées dans les boissons) ont répondu… qu’elles n’utilisaient pas de nanoparticules7Les nanotechnologies, un nouvel enjeu de RSE ?, Hélène Canolle, Ofi AM, 30 septembre 2014 (diapo 47).

En janvier 2015, le magazine 60 millions de consommateurs révélait que près de 75 sur 100 entreprises agroalimentaires sollicitées (Nestlé, Danone, Heinz, Mars, Panzani, Nespresso, Toupargel, …) n’avaient pas donné suite au courrier que le magazine leur avait envoyé en octobre 2014 dans lequel il leur était demandé si elles utilisaient des nanoparticules sous la forme d’additifs (E551, E550, E170, E171, E172), de nanotextures, d’ingrédients en nanoencapsulation ou de nanomatériaux utilisés dans les emballages alimentaires8Sécurité alimentaire : mangeons-nous des nanoparticules alimentaires ?, 60 millions de consommateurs, n°500, janvier 2015 et Nanoparticules dans les aliments : la loi du silence, 60 millions de consommateurs, mars 2015.

Et depuis 2009, l’ANSES a, à de nombreuses reprises, sollicité les acteurs de la filière alimentaire pour obtenir plus d’informations sur la présence de nanomatériaux dans leurs produits, sans recevoir de réponse exploitable.

Le registre r-nano : une liste de substances nano… sans possibilité d’identifier les produits qui les contiennent

Depuis 2013, les entreprises doivent déclarer chaque année, dans le registre r-nano, les nanomatériaux qu’elles importent, produisent ou distribuent en France. Mais les fédérations industrielles ont pesé sur la conception du registre de telle sorte que même l’ANSES, qui gère le registre, ne peut pas savoir dans quels produits se retrouvent in fine les nanomatériaux enregistrés dans la base de données.
Le registre est néanmoins en voie d’être amélioré pour permettre une meilleure traçabilité. A suivre donc…

Des inventaires souvent périmés, toujours parcellaires

Des inventaires de produits de consommation courante (dont les produits alimentaires) contenant des nano existent, mais leur fiabilité est limitée car ils sont élaborés à partir de déclarations des industriels ou d’hypothèses sur la composition des produits (souvent sans vérification possible, faute de moyens financiers, humains et/ou techniques). En outre, à l’exception de la NanoDatabase danoise, ils ne sont pas régulièrement mis à jour.

Et peu ou pas de mention sur les étiquettes

En 2014, l’étiquetage “nano” est devenu obligatoire sur les produits alimentaires. Mais depuis, les mentions [nano] sont toujours extrêmement rares, comme l’ont déjà souligné plusieurs associations ainsi que la DGCCRF.

Pour pallier le manque d’informations, des tests sont désormais possibles

Identifier des produits alimentaires qui contiennent des nanoparticules préoccupantes a longtemps relevé de la mission (quasi) impossible – si l’on s’en tient aux données accessibles publiquement et gratuitement. Heureusement, des avancées métrologiques importantes permettent désormais de repérer ces nanoparticules et de les rendre enfin “visibles”.

Début 2016, la RTS (Radio Télévision Suisse) avait tenté en vain de trouver un laboratoire en Suisse, en Hollande et en Allemagne pour tester plusieurs produits dont une bouteille de ketchup, mais aucun laboratoire n’avait été à l’époque en mesure de les analyser9Cf. l’émission « A bon entendeur » : Nanoparticules dans nos assiettes, le grand secret, 3 mai 2016. En France, le laboratoire national de métrologie et d’essais (LNE) est doté des équipements et de l’expertise pour le faire10Voir notamment Comment caractériser et mesurer les nanoparticules dans les produits alimentaires ?, LNE, Webinar, 2 février 2017 et l’UT2A de Pau travaille également sur la détection des nanoparticules dans l’alimentation. Ces deux laboratoires travaillent notamment pour le compte de la DGCCRF. D’autres travaux sont en cours sur le sujet en France et à l’étranger11Cf. Stakeholder workshop on small particles and nanoparticles in food, EFSA, 31 mars- 1er avril 2022.

Les tests en laboratoire sont ainsi la seule solution dont disposent les associations comme les autorités de contrôle… mais aussi les entreprises soucieuses de vérifier les dires (pas toujours fiables) de leurs fournisseurs. Ces tests présentent l’inconvénient d’être très coûteux, mais c’est malheureusement seulement devant les preuves objectives de la présence de nanoparticules dans les produits que certaines marques acceptent d’accorder de leur attention à la question nano.

Des tests réalisés aux frais de la société

Depuis 2016, des tests ont été menés au frais des associations et des contribuables (pour ceux réalisés par la DGCCRF) mettant à chaque fois en évidence la présence de nanoparticules dans l’alimentaire en France, sans que les produits les contenant soient étiquetés [nano], contrairement à ce qu’impose la réglementation depuis 2014 :

Les tests réalisés par des ONG en Europe
  • en 2016, les premiers tests de l’association Agir pour l’Environnement, ont établi la présence de nanoparticules non étiquetées dans six produits analysés : biscuits LU, chewing gums Malabar, blanquette de veau William Saurin et épices Carrefour, puis bonbons « Têtes brûlées » goût framboise et chewing-gums NEW’R de Leclerc.
  • en août 2017, le magazine 60 Millions de consommateurs a à son tour révélé que les 18 produits sur lesquels l’association a fait réaliser des tests contenaient eux aussi des nanomatériaux12Cf. Stop aux nanoparticules, 60 Millions de consommateurs, Mensuel – N° 529 – septembre 2017 (paru le 27 août 2017)
  • en janvier 2018, les tests du magazine Que Choisir en ont identifié dans 7 produits alimentaires13Nanoparticules – Attention, elles se cachent partout !, Que Choisir, Mensuel n° 566, février 2018
  • en septembre 2018, les Amis de la Terre Allemagne ont publié des résultats d’analyse de poudre de cappuccino Jacobs et de chewing-gums Wrigleys, contenant respectivement 100% de nanoparticules de dioxyde de silicium (E551) et 8% de nanoparticules de dioxyde de titane (E171)14Cf. Hintergrundpapier zu den BUND-Tests bei Wrigleys-Kaugummi und Jacobs-Cappuccino-Pulver , BUND (Les Amis de la Terre Allemagne), septembre 2018
  • en mai 2019, l’association italienne de consommateurs Altroconsumo a publié les résultats de tests menés sur des produits alimentaires, faisant état de teneurs élevées en nanoparticules dans les additifs alimentaires E171, E174 (argent) et E551 (silice) mais non signalées sur l’étiquette15Cf. Nanoparticelle di additivi negli alimenti. Chidiamo il bando dell’E171, Altroconsumo, mai 2019
  • en juin 2019, le magazine belge Test santé a révélé que le E171 et le E551 contenu dans les 9 produits alimentaires testés contiennent des nanoparticules, dans des proportions variables (allant de 7 à 80% pour les 6 produits contenant du E171, 100% pour les 3 produits contenant du E551), sans mention [nano] sur l’emballage16Cf. « Nanomatériaux – Partout sans qu’on le sache », Test Santé n°151, juin 2019
  • en juillet 2019, le magazine espagnol OCU-Compra Maestra a lui aussi révélé que le E171 et le E551 contenu dans les 8 produits alimentaires testés contiennent des nanoparticules, dans des proportions variables (allant de 27 à 76% pour les 4 produits contenant du E171, 100% pour les 4 produits contenant du E551), sans mention [nano] sur l’emballage17Cf. « Comemos nanopartículas sin saberlo », OCU-Compra Maestra n°449, juillet-août 2019.

Sous la pression des associations, la DGCCRF (répression des fraudes) a à son tour réalisé des tests qu’elle a présentés à plusieurs reprises18Par exemple :
– Le 14 décembre 2017, lors du comité de dialogue « nano et santé » de l’ANSES
– Le 16 janvier 2018, au Conseil national de la consommation (CNC) (cf. le communiqué du ministère de l’économie), puis à AVICENN, Agir pour l’Environnement et France Nature Environnement (FNE)
– Le 29 mars 2018, lors de la Journée technique « nanomatériaux et cosmétiques » du LNE
– Le 10 avril 2018, lors d’une table ronde, organisée par le ministère de l’économie, réunissant les professionnels sur la présence de nanoparticules dans les produits alimentaires
– Le 26 novembre 2018, lors du comité de dialogue « nano et santé » de l’ANSES
, confirmant par constats dressés par les associations : dans la quasi totalité des produits alimentaires testés et composés d’additifs, des nanoparticules ont été détectées… sans que l’étiquetage comporte de mention [nano].

Dans la lignée de ces efforts, AVICENN a réalisé en 2022 une série de tests de produits sur une vingtaine de produits de consommation courante au total (dont plusieurs produits alimentaires).  

Tests et contrôles ont entraîné une responsabilisation des entreprises

L’ensemble de la filière est désormais sensibilisé aux obligations d’étiquetage et aux risques pour le consommateur. De plus en plus de marques et distributeurs souhaitent commercialiser des produits « sans nano » (pour ne pas avoir à en étiqueter et/ ou par principe de précaution) et, plusieurs marques et distributeurs se sont engagés dans des démarches de suppression des nanoparticules (ou des additifs en contenant) de leurs produits.

Des engagements de marques et de distributeurs
  • En 2017, Système U avait intégré « les substances à l’état nanoparticulaire » dans les 90 substances controversées pour lesquelles elle a mis en place une « Politique de substitution » (pour les produits de la marque U).
  • En 2017, Synadiet, le syndicat national des compléments alimentaires, a mis en place un groupe de projet dédié qui a identifié deux axes de travail19Cf. Rapport d’activité 2017, Synadiet, 2018:
    – un travail d’identification des ingrédients pouvant être utilisés sous forme de nanoparticules dans les compléments alimentaires, avec notamment une enquête auprès des fournisseurs de substances pouvant être trouvées sous forme de nanoparticules
    – un travail sur les alternatives aux nanos existantes ou en cours d’études, l’objectif étant de proposer un « catalogue d’alternatives », et de recenser les difficultés analytiques rencontrées, et les solutions trouvées. Avicenn a sollicité Synadiet à plusieurs reprises pour en savoir plus, sans obtenir de retour.
  • Mi 2018, on comptait par exemple William Saurin, Mars, Lutti, Verquin, Sainte-Lucie, Picard, Manufacture Cluizel, Motta, Malabar, Fleury Michon, ainsi que Carrefour, Leclerc, Auchan, Système U*, et la liste s’est allongée encore en octobre 2018 avec Casino puis en novembre 2018 avec les fameux M&M’s peanut de Mars (voir la « liste verte » d’infonano.org).
  • Fin juin 2018, le Syndicat national de la confiserie avait rendu publique sa charte de déontologie, dans laquelle 100 % des confiseurs « se sont engagés à supprimer le dioxyde de titane de leurs produits ». La charte formalise une décision prise dès 2017 : 90 % des confiseurs ont déjà éliminé le E171 mi-2018. « La science avance, les exigences de sécurité aussi. Il nous faut aller au-delà de la réglementation et anticiper les attentes des consommateurs » a indiqué Florence Pradier, secrétaire générale des « Confiseurs de France ».
  • Depuis 2018, le groupe italien Perfetti Van Melle, propriétaire de Mentos et des sucettes Chupa Chups, se passe dans l’ensemble de ses recettes du E171, composé de (nano)particules de dioxyde de titane20Comment Mentos et Chupa Chups ont réussi à se passer du dioxyde de titane, L’Usine nouvelle, 2 janvier 2020.
  • En décembre 2019, Agir pour l’Environnement a publié une liste des marques et enseignes ayant retiré le E171 de leurs produits. L’ONG avait repéré moins de 30 produits contenant du E171.
Campagne Système U, 2017 – les « substances à l’état nanoparticulaire » figurent parmi les 90 « substances controversées »

Beaucoup de marques exigent désormais des ingrédients « sans nano » de la part de leurs fournisseurs ; elles ont possibilité de les contraindre ou de demander des pénalités s’ils ne respectent pas leur contrat.

Mais attention à la politique de l’autruche : les marques peuvent être inquiétées s’il s’avère que les attestations de leurs fournisseurs (certifiant que les ingrédients ne sont pas des nanomatériaux) sont incomplètes ou erronées. Les marques ont en effet l’obligation de vérifier ce qu’elles mettent dans leurs produits et, en cas de manquement, sont considérées comme responsables et peuvent elles aussi être poursuivies au pénal !

Quelles substances nanos utilisées et pour quels effets recherchés ?

Les applications nanos dans les denrées alimentaires

De quelles nanos s’agit-il ?

Dans son rapport de mai 2020 sur les nanomatériaux manufacturés dans l’alimentation, l’ANSES liste 37 substances nano au moins utilisées comme additifs ou ingrédients alimentaires (dans plus de 900 produits alimentaires) :

  • 7 substances pour lesquelles la présence de nanoparticules est « avérée » :
    • le carbonate de calcium
    • le dioxyde de titane (TiO2)21Le rapport se base sur des données antérieures à l’interdiction du E171
    • des oxydes et hydroxydes de fer
    • le silicate de calcium
    • les phosphates tricalciques
    • les silices amorphes synthétiques (SAS)
    • des composés organiques et composites
  • et 30 substances où elles est « suspectée » parmi lesquelles figurent l’aluminium, l’argent, l’or, le phosphates de magnésium, le citrate d’ammonium ferrique, les sels de sodium, de potassium et de calcium d’acides gras, etc.

Les fonctions technologiques recherchées 

Selon l’ANSES, deux principales fonctions technologiques sont recherchées pour les nanos dans l’alimentation : 

  • amélioration du produit ou de son appétence (les nanos sont utilisés pour modifier la structure, la couleur, la texture de l’aliment)
  • augmentation de la biodisponibilité du produit 
Rapport de l’Anses, mai 2020

En juin 2021, l’EFSA a publié un rapport sur la caractérisation physico-chimique des nanoparticules dans les additifs alimentaires, selon lequel :

  • entre 64 et 73% de nanoparticules de dioxyde de titane étaient présentes dans des additifs E171 sur le marché (il n’était encore pas interdit à l’époque dans l’UE)
  • plus de 97% pour des particules d’argent contenues dans les additifs E174
  • aucune nanoparticule d’or n’avait été détectée dans l’additif E175.

Voici également ce que la littérature scientifique et le marketing permettent de recenser comme applications existantes ou à venir :

Applications présentées comme des solutions innovantes à des problèmes nutritionnels et/ou sanitaires

Cela fait une vingtaine d’années que les promesses des applications nano dans l’alimentation fleurissent22Nanotechnology will revolutionize the food system (and other familiar sentences), annonçant des produits, plus savoureux, moins salés, moins gras, plus vitaminés, plus colorés, etc. Si de nombreuses voix se sont fait entendre pour déplorer la faiblesse des études des risques associés, la faisabilité et/ou l’intérêt réel de ces promesses posent également question.

Et il semble que ces applications restent relativement peu nombreuses :

  • diminution de la teneur en graisse23Cf. Nanotechnologies used to develop low-fat dairy innovations, Food ingredients first, 29 août 2017, en sel24Cf. Nanotechnology helps food manufacturers make healthier food, 30 juillet 2012 : « A novel product from Tate & Lyle, Soda-lo, was one of only a few products being marketed, he said. It enabled added salt levels to be reduced by up to 30% in foods such as bread, pizza bases, pastry, savoury pie fillings, cheese and baked snacks, without loss of flavour or structure »., en calories ou en émulsifiants des aliments, sans altération de leur goût (le rapport surface / volume étant plus important à l’échelle nanométrique, un même poids de graisse ou de sel, sous forme nano, permettant de couvrir une zone plus importante de la surface alimentaire)
  • lutte contre les intoxications alimentaires : des nanoparticules peuvent être utilisées pour lutter contre les infections alimentaires causées par des agents pathogènes (comme les bactéries E. coli ou salmonelles par exemple)
Applications pour des facilités techniques, sans avantage nutritionnel ou sanitaire

Additifs anti-agglomérants

  • des nanoparticules de dioxyde de silice (SiO2 : E550/551) utilisées pour absorber l’humidité et empêcher l’agglomération des poudres (sel, sucre, épices, cacao, soupes et nouilles instantanées, assaisonnements pour viande hachée et burrito ou guacamole, etc.27A noter : le seul produit contenant de la silice étiquetée [nano] identifié entre 2014 et 2016 a été une poudre de tomate Auchan, repérée par l’association de consommateurs CLCV. Mais quelques autres produits contenant de la silice ont été ensuite repérés avec la mention [nano].
  • des nanoparticules de carbonate de calcium (E170) et d’oxyde de magnésium (E530) 

Modification des arômes, saveurs, couleurs et textures des aliments :

Applications pour allonger la durée de conservation des produits

Les produits les plus concernés sont aussi ceux touchant les enfants, une catégorie de population plus sensible : les laits infantiles, les glaces et sorbet et les céréales du petit déjeuner, entre autres. Avec quels risques pour la santé ?

Et dans les matériaux en contact des aliments ? 

Les recherches nano dans le domaine des emballages alimentaires donnent lieu à de nombreuses publications académiques sur le sujet36Cf. Applications of nano-materials in food packaging: A review, Adeyeye SA et Ashaolu TJ, Journal of Food Process Engineering, 44 (7), juillet 2021. Elles se complexifient et s’élargissent désormais également aux applications comme les nanocapteurs biologiques incorporés dans des emballages dits « intelligents » pour vérifier que la chaîne du froid a été respectée, assurer la traçabilité des aliments ou détecter et signaler les détériorations, bactéries ou contaminants dans les denrées alimentaires37Voir par exemple :
Un capteur pour mesurer la fraîcheur des aliments emballés, Techniques de l’ingénieur, avril 2020
Les emballages se font «intelligents», Swiss Info, 25 mars 2013
Gold Nanoparticle-Modified Carbon Electrode Biosensor for the Detection of Listeria monocytogenesIndustrial Biotechnology, 9(1): 31-36, février 2013.
.

En 2013 en France, l’Agence Nationale de la Recherche (ANR) avait intégré dans son appel à projets P2N (Nanotechnologies et nanosystèmes), entre autres, un appel pour soutenir des recherches sur « l’apport des nanotechnologies aux emballages intelligents et aux revêtements »38Appel à projets Nanotechnologies et Nanosystèmes P2N, Agence nationale de la Recherche, Édition 2013. Pour connaître les travaux en cours en France, voir notamment le rapport du Comité consultatif commun d’éthique pour la recherche agronomique, CIRAD / INRA, Avis sur les nanosciences et les nanotechnologies, décembre 2012, partie 4.. Le projet européen NanoPack s’est vu accorder 7,7 millions d’euros par l’Union européenne dans le cadre de Horizon 2020, afin de développer des emballages antimicrobiens à base de nanotechnologies pour améliorer la sécurité alimentaire et réduire les déchets alimentaires397,7 millions d’euros pour l’emballage intelligent NanoPack, Agromedia.fr, octobre 2017.

Quelles nanos et pour quels usages dans les emballages ?

Les applications des nanotechnologies dans les matériaux au contact des aliments (MCDA) concernent par exemple les emballages, surfaces de découpes, instruments de cuisine, parois de réfrigérateurs, filtres à eau, …

Elles ont pour but de :

  • renforcer leur solidité, rigidité et résistance à la dégradation : nano nitrure de titane pour prévenir les rayures sur les emballages plastiques par exemple
  • accroître leur transparence (emballages plastiques)
  • permettre une meilleure conservation des aliments en protégeant nourriture ou boisson contre :
  • ou encore favoriser un meilleur écoulement des sauces41Nano coating gets all the ketchup out of the bottle, Packaging News, 23 mai 2012.

Dans le rapport de l’ANSES de 2020, sont identifiées :

  • 5 substances nanos utilisées dans la formulation des MCDA pour lesquels la présence de nanos est avérée :
    • l’argent,
    • l’oxyde de zinc,
    • le nitrure de titane,
    • le noir de carbone
    • le dioxyde de silicium
  • 11 substances dans lesquels la présence de nanos manufacturés est suspectée : oxyde de fer, or, platine, dioxyde de titane, dioxyde de titane coaté avec de l’octyltriethoxysilane, montmorillonite modifiée, zéolite d’argent,  kaolinite de fer zero-valent, bentonite de fer zero-valent, bentonite de fer, zéolite de fer.

Préoccupations liées au transfert des nanos des emballages vers les aliments

Un point de débat porte sur la possible migration des nanomatériaux depuis les emballages (ou des revêtements de surfaces des instruments de cuisine) vers les denrées alimentaires qu’ils contiennent ou avec lesquelles ils entrent en contact ; les modalités de ce transfert et les risques qu’ils pourraient entraîner sont encore largement méconnus et très variables puisqu’entrent en ligne de compte de multiples facteurs (la température, la durée du conditionnement, la nature des denrées conditionnées : liquides ou solides, etc.). La migration des produits chimiques (nano ou non) contenus dans les emballages alimentaires vers les denrées qu’ils contiennent constitue de toute évidence une question majeure pour les années à venir42Sur la migration des nanoparticules ou de leurs résidus, des emballages vers les aliments, voir notamment :
Nano-Food Packaging: An Overview of Market, Migration Research, and Safety RegulationsJournal of Food Science, Bumbudsanpharoke N et Ko S, 80(5), mai 2015
– Kuorwel KK et al., Review of Mechanical Properties, Migration, and Potential Applications in Active Food Packaging Systems Containing Nanoclays and NanosilverComprehensive Reviews in Food Science and Food Safety, 2015
– Muncke, J. et al., Food packaging and migration of food contact materials: will epidemiologists rise to the neotoxic challenge?Journal of Epidemiology and Community Health, juillet 2014
.

Selon le rapport de l’ANSES de 2020, « la migration a été décrite comme peu probable lorsque ces nanomatériaux sont intégrés dans la matrice des emballages destinés, par exemple, à modifier leurs structures ou encore leurs résistances mécanique, thermique et aux UV. Cependant, la mise en contact volontaire de ces nanomatériaux avec la matrice alimentaire, notamment dans le cas d’applications antimicrobiennes (nanomatériaux d’argent notamment), peut favoriser leur transfert dans les aliments. Des études ont montré la migration de nanomatériaux d’argent, utilisés en tant qu’antimicrobiens, à partir de matériaux en matière plastique ».

Sans oublier une autre question de taille posée par ces emballages nano-additivés : quels sont leur devenir et leur comportement dans l’environnement ? et quels impacts auront-ils sur les écosystèmes ? Les filières de traitement des emballages ont-elles commencé à anticiper les questions liées au recyclage de ces emballages contenant des substances antimicrobiennes, fongicides, etc. ? Rien n’est moins sûr…

Des nanos dans les « enrobages comestibles » ?

Des cires et autres agents d’enrobage sont autorisés sur certains fruit et légumes dans l’Union européenne. Si la réglementation n’autorise pas de nanoparticules dans ces usages à ce stade, des recherches sont menées en ce sens, vantant les bénéfices de solutions à base de nanoparticules d’argent ou de zinc notamment, appliquées directement sur des fruits par exemple (fraises, abricots, etc.), pour améliorer leur conservation43Voir par exemple :
Nanotechnology-enhanced edible coating application on climacteric fruits, Odetayo T et al., Food Science & Nutrition, 2022
Impact of Starch Coating Embedded with Silver Nanoparticles on Strawberry Storage Time, Taha I M et al., Polymers, 1;14(7) : 1439, 2022
Preparation and characterization of silver nanoparticles and their use for improving the quality of apricot fruits, Shahat M et al., Al-Azhar Journal of Agricultural Research, 45(1) : 38-55, 2020
Antimicrobial Nanoparticles Incorporated in Edible Coatings and Films for the Preservation of Fruits and Vegetables, Xing Y et al., Molecules, 24, 2019
.

Des sources indirectes de contamination nano de notre alimentation

Outre les voies d’entrée mentionnées plus haut (migration des emballages ou applications directes dans les denrées alimentaires), des résidus de nanomatériaux manufacturés peuvent être présents dans notre tube digestif en provenance de différentes sources.

Une contamination via l’alimentation animale, les engrais et les pesticides

Des nanomatériaux contenus dans l’alimentation animale44Voir par exemple :
– en français : Association colistine – nanoparticules : moins d’antibiotique pour une efficacité conservée, Anses, 3 juin 2022
– en anglais : Application of encapsulated nano materials as feed additive in livestock and poultry: a review, Rajendran D et al., Veterinary Research Communications, 46 : 315–328, 2022
et/ou des produits phytosanitaires et fertilisants (et ceux présents dans les boues des stations d’épuration utilisées comme engrais) pourraient remonter la chaîne alimentaire45Voir par exemple :
– une perspective de chercheurs et industriels : Center of Innovation for Nanobiotechnolgy (COIN), Agriculture Nanotechnology: Early-Stage, but Growing, Octobre 2011 ;
– une perspective d’ONG : Institute for Agriculture and Trade Policy (IATP), Nanomaterials In Soil – Our Future Food Chain?, Mars 2013
. Les connaissances sur l’utilisation des nanomatériaux comme pesticides ou engrais sont encore très lacunaires46Nanopesticides: State of Knowledge, Environmental Fate, and Exposure ModelingCritical Reviews in Environmental Science and Technology, 43 (16), Juillet 2013 ; Chemical companies now adding untested nanoparticles to pesticide formulasNatural News, 13 janvier 2014, mais il a été montré par exemple que des nanoparticules contenues dans des pesticides vaporisés peuvent traverser la pelure des fruits et légumes47Cf. Detection of Engineered Silver Nanoparticle Contamination in PearsJ Agric Food Chem, 2012; 60 (43):10762-7 (un résumé et un commentaire en français ont été publiés par l’ANSES en mars 2013)..

Un environnement pollué par des résidus de nanomatériaux

Plus généralement, des résidus de nanomatériaux manufacturés peuvent également être présents dans notre alimentation sans avoir été introduits à dessein par l’industrie agroalimentaire, mais plus prosaïquement du fait du relargage et de la dispersion des nanomatériaux manufacturés dans l’environnement et de leur transfert dans la chaîne alimentaire :

Source : Cedervall et. al, Food Chain Transport of Nanoparticles Affects Behaviour and Fat Metabolism in FishPLoS ONE, 7(2): e32254 (2012).

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Les prochains RDV nanos

27
Août
2022
Journées d’Été des Savoirs Engagés et Reliés (Collectif associatif, Lyon)
Lyon
Colloque
  • Journées d’Été des Savoirs Engagés et Reliés, ouvertes à tous
  • Du 27 au 29 août 2022
  • Organisateurs : collectif national d’associations engagées dans la coopération entre recherches et mouvements sociaux pour la transition écologique et solidaire (Atécopol, Coexiscience, Écopolien, la Fabrique des Questions Simples, Ingénieur.e.s Sans Frontières, Ingénieur.e.s Engagé.e.s Lyon, Klask, La Myne, PiNG, RogueESR, Sciences Citoyennes)
  • Site internet : www.mouvement-ser.org
22
Sep.
2022
Bonnes pratiques de prévention des risques liés aux nanomatériaux : sensibilisation et mise en situation en laboratoire (CNRS, Paris)
Paris
Formation
  • Formation à destination des manipulateurs de nanomatériaux (techniciens, ingénieurs, doctorants, chercheurs, etc.) ainsi qu’aux assistants de prévention
  • Organisateur : CNRS
  • Site internet : https://formation.ifsem.cnrs.fr/…
29
Sep.
2022
Nanomatériaux et cosmétiques (LNE, Paris)
Paris
Formation
cosmétiques
caractérisation
déclaration
étiquetage
évaluation
réglementation
  • Journée technique
  • Au programme : Nanomatériaux et cosmétiques : exigences réglementaires, évaluation d’exposition, méthodes de caractérisation
  • Organisateur : Laboratoire national de métrologie et d’essais (LNE)
  • Intervenants :
    • Georges Favre, Valérie Godefert et François-Xavier Ouf, LNE
    • Eric Gaffet, SCCS
    • Jérôme Labille, CEREGE
    • DGCCRF
  • Site internet : www.lne.fr/fr/service/formation/journee-technique-nanomateriaux-cosmetiques

Fiche initialement créée en mai 2013


Notes & références

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