Des scientifiques appellent à agir pour gérer les nanodéchets et les risques associés

.
.
.

Des chercheur·ses de l’Institut Adolphe Merkel, de l’Université de Fribourg et de l’EPFL, mettent en évidence le manque de réglementations explicites pour gérer et encadrer des nano-déchets dans le monde et proposent des recommandations pour alléger leur potentiel coût environnemental et sanitaire.

Nano-déchets, grand défi

Le constat des scientifiques de l’Institut Adolphe Merkel, de l’Université de Fribourg et de l’EPFL dans un article publié dans la revue Nature Nanotechnology, est clair : il n’est désormais plus concevable d’ignorer les larges quantités de nanomatériaux produits et utilisés chaque année et qui finissent par devenir des nano-déchets. Ils sont aujourd’hui accumulés en grande partie dans des décharges, sans mesures de gestion appropriées.

Les “nano-déchets”, bien que non définis conventionnellement, font référence aux déchets de fabrication sous forme nano, aux produits en fin de vie contenant des nanos ou encore aux déchets non-intentionnellement contaminés par des nanos manufacturés.

Malgré les spécificités des substances à l’échelle nanométrique liées notamment à leur plus grande réactivité, il n’existe toujours pas de mesures spécifiques de gestion des déchets nanos… Ce qui est particulièrement problématique pour les instituts de recherche, qui génèrent une part importante des nano-déchets. Les chercheur·ses devraient ainsi avoir un rôle primordial de sensibilisation à la gestion des nano-déchets.

Pas de cadre réglementaire explicite pour la gestion des nano-déchets

Les auteur·es de la publication s’adressent notamment aux responsables politiques de l’industrie et de la recherche et appellent à trouver un consensus mondial de gestion des nano-déchets. La convention de Bâle, ratifié par 187 pays, réglemente la circulation et le transport des déchets dangereux. Pourtant, elle ne fait aucune référence explicite aux formes nanos. Il est essentiel d’éliminer les zones grises, en intégrant explicitement les formes nanos problématiques dans les annexes de la convention, ou dans un guide technique spécifique.

Cette gestion passe également par la création d’un étiquetage spécifique aux nanos et d’une catégorisation harmonisée des nano-déchets. A l’heure actuelle, il n’existe pas de pictogramme ou de code harmonisés permettant de renseigner la présence de nanomatériaux dans les déchets, de garantir leur stockage et un transport adapté.

Pictogramme créé par l’INRS pour indiquer la présence de nanomatériaux dans un local de travail (atelier, laboratoire…). Il ne figure pas cependant dans la réglementation relative à la signalisation de santé et de sécurité au travail.

En attendant, des mesures concrètes nécessaires pour atténuer les risques

En attendant une réglementation mondiale et la création de codes et de pictogrammes nano-spécifiques qui s’inscrivent dans des systèmes déjà existants de classification et d’étiquetage1Comme le SGH (Système général harmonisé de classification et d’étiquetage des produits chimiques), ou encore le l’ADR (l’accord relatif au transport international des marchandises dangereuses par route), beaucoup peut déjà être fait.  

Les auteur·es proposent ainsi une manière d’étiqueter et de stocker les nanos déchets conformément à la législation nationale et internationale sur les matières dangereuses, en intégrant dans leur article des exemples illustrés pour le stockage et l’étiquetage des nano-déchets. Concernant l’élimination des nano-déchets, des protocoles validés pour leur recyclage ou leur destruction doivent encore être élaborés.

Plus généralement, et compte tenu du manque d’information concernant la sécurité des nano déchets manipulés, c’est le principe de précaution qui doit prévaloir. Parmi les principes directeurs qui permettrait une approche précautionneuse, les auteur·es recommandent de : 

  •  assouplir la définition du terme “nanomatériaux” en considérant également les particules ayant une dimension < 500 nanomètres, et ne pas considérer uniquement celles inférieures à 100 nm ;
  • gérer le risque en amont en favorisant les principes du safe-by-design et en privilégiant des approches expérimentales qui minimisent l’utilisation de nanos, …
  • … sinon, toujours considérer et gérer les nano-déchets comme des substances dangereuses ; 
  • minimiser l’aérosolisation en générant plutôt des nanodéchets liquides ou incorporés dans des polymères, 
  • et favoriser les processus d’inactivation des nano-déchets à basse consommation d’énergie, ou détruire le reste dans une usine de traitement de déchets adaptée.

Une sous-estimation de la quantité de nano-déchets ?

Cette publication est un appel à agir de la part des scientifiques, alors même que l’estimation de la production mondiale annuelle de nanos citée dans l’article semble largement sous-évaluée. Uniquement en France, près de 400 000 tonnes de nanos ont été déclarées dans le registre R-nano en 2019, représentant un tonnage déjà bien supérieur aux 260 000 – 309 000 tonnes estimées à l’échelle mondiale. 

Il paraît donc essentiel d’améliorer, en parallèle des mesures de gestion des nano-déchets, les connaissances sur l’utilisation et la production de nanos. 

A suivre… 

 

Les prochains RDV nano

15
Juil.
2024
Nanotechnologies & Smart Materials (Smart Nano 2024, Bali)
Bali
Conférence
  • Conférence internationales sur les nanotechnologies et matériaux intelligents 
  • Du 15 au 17 juillet 2024
  • Site internet : www.smartnanoconference.com

19
Juil.
2024
Sciences des matériaux et nanotechnologies (Copenhague, Danemark)
Copenhague
Conférence

25
Août
2024
Ecole d’été sur les nanosciences et les nanotechnologies (UGA, INP, CNRS & CEA, Grenoble)
Grenoble
Conférence

Notes and references

  • 1
    Comme le SGH (Système général harmonisé de classification et d’étiquetage des produits chimiques), ou encore le l’ADR (l’accord relatif au transport international des marchandises dangereuses par route)